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Biennale de Venise: l’architecture monte au front

Alejandro Aravena, comissaire de la Biennale 2016, a placé l’architecture au coeur des champs politique, social et économique, avec son intitulé de journal télévisé: « Reporting from the front » . Mais comment les pavillons nationaux ont-ils interprété cette injonction, considérant que les fronts en question sont de nature bien différente selon les pays?

Le sujet de départ était un brin ambitieux. Parler d’architecture –et en montrer– lorsqu’elle est convoquée pour proposer des solutions aux principaux maux de la planète: grande pauvreté, migrations dues aux guerres, tremblements de terre et tsunamis, difficulté d’accès aux soins, insécurité, pollutions diverses… À ce titre, la manière dont les pavillons nationaux ont « rapporté » des nouvelles de leurs « fronts » respectifs est révélatrice des problèmes qui s’y posent… et de leurs niveaux de gravité, tout relatifs lorsqu’il s’agit des pays d’Europe occidentale, comparés à ceux en guerre ou dont la majorité de la population peine à se loger décemment.

Espaces oubliés de la mondialisation

Le pavillon français aborde la question en s’intéressant aux espaces délaissés –zones rurales, friches urbaines, bords d’autoroutes ou de voies ferrées– et en montrant 22 exemples d’architectures qui contribuent à les revaloriser. C’est l’éternel slogan « il n’y a pas de territoire désespéré » qui est ici développé de façon un peu académique avec textes, photos, maquettes et plans agrémentés de quelques vidéos. Si le propos est sérieux, voire austère, il est aussi optimiste, comme l’indique le titre de l’exposition « Nouvelles richesses » qui plaide pour une découverte des ressources et des atouts latents de ces espaces oubliés de la mondialisation. Mais saura-t-il convaincre la classe politique, alors qu’au même moment, les sénateurs – précisément représentants de ces territoires– retoquaient dans le cadre de la discussion de la loi CAP le dispositif instaurant pour les lotissements un « permis d’aménager » signé par un architecte?

Villes d’accueil des réfugiés

Ambiance toute autre au pavillon d’en face, celui de l’Allemagne, qui affronte sans détour l’afflux migratoire (un million de réfugiés en 2015) auquel doit faire face le pays. Le message est clair, voire martelé: l’Allemagne est un pays ouvert. Et pour le signifier, les scénographes n’ont pas hésité à percer les murs du pavillon, en l’ouvrant sur les jardins ou la lagune. Les conditions d’accueil des migrants sont résumées en quelques phrases qui plantent le décor: « la ville d’accueil est informelle », « la ville d’accueil est en rez-de-chaussée », « la ville d’accueil est un réseau d’immigrants », etc. S’ensuit l’exposition d’une soixantaine de projets de logements et d’équipements d’urgence destinés aux réfugiés.

Stratégies de partage de l’habitat

Entre les pavillons français et allemand, le pavillon britannique a fait encore un autre choix, celui de l’humour et de l’expérience spatiale. Le front de l’architecture est ici celui de l’économie domestique: dans un pays où 40% des revenus d’un ménage sont consacrés à la location d’un logement (contre 28% en moyenne en Europe), il faut mettre en place des stratégies de partage des habitations et des équipements ménagers. Sans compter que l’on peut désormais se sentir « at home » n’importe où, dès lors que l’on possède un smartphone. Ce qui se traduit en scénographie par des logements totems, des pièces où le mobilier n’est composé que de lits multifonctionnels, ou des sphères translucides habitables disposant d’une connexion wifi.

Le Lion d’or de la Biennale est allé au pavillon espagnol, qui expose dans une scénographie d’acier un brin esthétisante la crise immobilière que traverse le pays depuis presque une décennie, mais aussi des solutions inventives pour réaffecter les friches, chantiers abandonnés, ou immeubles inoccupés.

Source : amc-archi.com