Fuck architects
Écrit par Younes Diouri
Fuck architects : chapter III est le dernier volet d’un travail de l'artiste Mounir Fatmi autour de l’architecture, envisagée comme indice d’enjeux esthétiques et idéologiques.
Pour lui, l’architecture est l’aune à laquelle mesurer la modernité et ses utopies, leur réussite et leur faillite. Elle est matière à écrire et à penser, comme la littérature et la philosophie. Elle renvoie autant à la construction qu’à la déconstruction : les philosophes occidentaux ne seraient-ils pas les architectes et les chefs d’un chantier abandonné ou en suspens ?
Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Jean Baudrillard, Georges Bataille, Walter Benjamin, Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Pierre Bourdieu... autant de noms d’intellectuels, de penseurs de la modernité occidentale, qui ont construit la plupart des théories, des systèmes, des critiques, des structures idéologiques avec ou contre lesquels s’est construit le monde contemporain. Par leur manière de porter un regard toujours critique parfois révolutionnaire sur l’éthique, la politique, la sociologie, l’épistémologie, l’art ou le langage, ces hommes sont les bâtisseurs de la pensée moderne et post-moderne. Leurs noms inscrits sur des casques de chantier suggèrent immédiatement la notion de construction, et fournissent d’emblée le moyen plastique de créer un lien avec l’architecture, qui dépasse ici la notion de mode de construction du bâti, mais opère un glissement vers un mode de formalisation de la pensée, de son histoire, de ses connexions. Si la pensée est à la fois construction et matière à construire, les systèmes de pensée s’édifient en architectures. D’autres formes d’architecture. Le parallèle entre le travail de l’ouvrier, et l’ouvrage que constitue la structuration d’une pensée, d’une théorie, d’un système philosophique se fait ici évident. C’est ainsi bien à dessein que Derrida employait le terme de « déconstruction » quand il s’agissait de déstructurer les modes de pensée occidentaux hiérarchisants. Les penseurs sont des monuments fragiles et il faudrait en réalité bien plus qu’un casque pour les protéger car les chantiers qu’ils mettent en œuvre sont toujours menaçants pour les idolâtres, les philistins, les contempteurs de l’intelligence, les candides de toute sorte, et plus encore pour les dictateurs, tyrans et autres despotes pour qui le paternalisme dogmatique et l’ignorance populaire garantissent la perdurance du pouvoir. Dans sa version de porcelaine, la vulnérabilité des ces Monuments est renforcée, dans ce paradoxe d’un objet censé protéger bien que lui-même si fragile. Fragilité de la pensée, aussi, en ce qu’elle peut avoir de perverti. Car ne nous y trompons pas : la crise intellectuelle que nous traversons n’est pas tant une faillite de la pensée en tant que telle qu’une crise éthique.

Né en 1970 à Tanger, Mounir Fatmi est un artiste nomade, à la croisée des cultures occidentale et orientale, des pensées laïque et religieuse. Ses œuvres questionnent les formes et les discours de l’autorité, la liberté de parole, le rapport entre vérité et légitimité. Elles traitent de l’envers des événements, de leur potentiel de représentation et des stratégies de pouvoir. A travers ses installation, il construit des langages qui libèrent la parole de ceux qui les regardent. Ses vidéos, installations, dessins, peintures ou sculptures mettent au jour nos ambiguïtés, nos doutes, nos peurs, nos désirs. Ils pointent l’actuel de notre monde, ce qui survient dans l’accident et révèle la structure, ils désignent nos critères et nos symptômes. Son regard sur le monde devient notre regard : l’hyper-densité du flux continu d’informations qui nous traverse tisse un réseau entre transparence et malentendu.
Source : www.mounirfatmi.com

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j'ai mis toute une série de photos de la Biennale de Venise sur mon blog.
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Ce qui est amusant est de voir que cela est directement transcrit dans ses oeuvres et qu'il oeuvre à ce combat: retrouver une architecture qui nourrit une humanité en mal de société originelle...
iloeuvre pour une architecture sociétale et j'en suis très heureux !
en prémisse: http://future-architecture.org...ts-may-do/



























