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Mahmoud Keldi est un jeune architecte de 34 ans engagé. Il s’inspire profondément de ces réflexions sur les médians, tout en les réinterprétant grâce à des procédés novateurs.Il réinterprète la question de l’identité, et va au-delà des valeurs esthétiques. Ainsi, il retranscrit avec élégance les valeurs de cette société en mouvement et apporte des solutions innovantes.

« Jeune, noir, avec un prénom arabe, sans argent et sans relation, voila comment j’ai débuté d’un point de vue relationnel, donc il m’apparaît difficile de corrompre un vieux décideur blanc !…

Pour ce qui est de ma couleur, je prends cela plutôt comme un challenge de réussir à m’imposer en tant qu’architecte noir ; après tout on n’en voit pas tant que ça. Je sais que cela va hérisser les cheveux de ceux qui peuvent rencontrer le racisme au quotidien mais j’irais même jusqu’à dire que c’est un avantage. J’ai vu beaucoup d’architectes noir(e)s rentrer dans leur pays d’origine quelques années après leur diplôme ; j’ai fait le choix de la proximité et de la résistance et non pas celui du mythe du retour au pays. Cela peut paraître un peu prétentieux, mais la bataille est aussi ici mais je garde toujours une place forte pour mon pays d’origine, l’Afrique ou encore les DOM-TOM. Je leur serais certainement plus utile avec autant d’expérience. C’est malheureux à dire mais ça rassure les noirs si les blancs vous font confiance. »

Cette générosité, il entend bien l’exporter en Afrique. « Ce continent a besoin d’architectes, s’exclame-t-il, on ne compte plus le nombre de pathologies dues à une mauvaise urbanisation ! » Selon lui, l’architecture, pour peu qu’elle soit bien pensée, permet d’agir, entre autres, sur le problème de l’eau et de faire des économies en matière de santé. « On crée des serres impossibles à ventiler. Alors qu’aujourd’hui il est possible de ne pas reproduire les erreurs commises en Occident sur le plan énergétique. »
Ils tirent les leçons de sa propre expérience: il vient de travailler plusieurs mois sur un projet de centre socioculturel en Afrique. Sur le toit, il ne mettra pas de verre, mais 1,20 m de terre végétale plantée d’arbres et de pelouse. Sur la façade, il utilisera sans doute une pierre locale qu’il est en train de tester en laboratoire afin d’évaluer ses propriétés et sa résistance. Pour la climatisation, il créera des brise-soleil en bois – de ce bois que le pays exporte mais qu’il utilise si peu. Si le centre se construit, ce sont des entreprises locales qui en bénéficieront surtout. Mahmoud Keldi aura alors remporté son pari : revenir en Afrique pour y apporter un peu de son savoir.

Pourquoi l’architecture africaine ne suscite-t-elle pas plus d’intérêt, notamment en Occident ?

Simplement parce qu’elle est très peu répertoriée, trop peu enseignée et rarement médiatisée. À ma connaissance, il n’existe pas de revue d’architecture en Afrique. Nous ne disposons pas d’assez de moyens pour apprendre et comprendre l’histoire de l’architecture africaine : il est donc difficile de susciter de l’intérêt pour une chose que l’on ne connaît pas, ou très peu. Cette méconnaissance a comme résultat un manque d’écriture architecturale propre aux Africains et à chaque pays en particulier.

Qu’est-ce qui poussent les Africains à s’adresser plutôt à des étrangers lorsqu’ils ont besoin d’un architecte ?

Tout un tas de raisons, de la plus invraisemblable à la plus logique. L’une des plus claire est que l' » on dédaigne notre culture et on juge d’un mauvais œil notre histoire architecturale, malgré sa richesse.  » (cf. Ahmad Hamed, architecte égyptien).
Nous sommes aussi confrontés à cette fâcheuse tendance à croire que ce qui vient de l’Occident est nécessairement mieux et plus représentatif de la modernité. L’Afrique regarde vers d’autres horizons faute de prendre conscience de sa richesse culturelle et artistique. Il est à noter que les écoles d’architecture sont assez rares en Afrique. Je n’en connais qu’une en Afrique Noire : l’Eamau (Ecole Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme) située à Lomé, au Togo. De ce fait, bon nombre d’architectes africains se forment à l’étranger.


Quel est le rapport des architectes africains avec les matériaux locaux ?

Ne connaissant pas de confrère exerçant en Afrique Noire, il m’est difficile d’en parler. J’ai cependant pu constater, lors de mes voyages, que les grands édifices publics récents sont issus de la coopération internationale chinoise ou européenne. Ce que j’ai pu observer me laisse à penser que ce rapport avec les matériaux locaux est aussi lointain que les personnes qui produisent ces architectures. Cependant je crois en l’intelligence de l’architecte et je suis persuadé que l’on trouve des bâtiments modernes exceptionnels. Il faut aussi être honnête, les Africains ont une image trop peu valorisante et valorisée de leurs matériaux ; encore une fois, ils regardent ailleurs, en Europe, en Amérique et plus récemment au Emirats Arabes Unis. Ils rêvent de vitrage, de béton, d’acier, de plastique etc., qui sont pour eux représentatifs de la modernité. Après tout pourquoi pas ? La plupart des matières premières proviennent du continent. Je pense qu’un simple travail de création et de mise en valeur est à mettre en place sur les matériaux locaux.
Pour ma part, j’essaie d’effectuer une démarche globale sur l’approche de l’usage des matériaux locaux. Une réinterprétation  » moderne  » de ces matériaux dit locaux, permettra certainement de les valoriser tant d’un point de vue esthétique que social, pouvant parallèlement générer une dynamique économique.

Comment peut-on faire évoluer les mentalités ?

Un travail de fond reste à faire tant sur le plan politique, qu’économique, culturel et social. Les gouvernements africains doivent remettre l’urbanisme et l’architecture au cœur des problématiques et de la politique de leur pays. Les programmes politiques se doivent d’intégrer une vision de la ville, car l’urbanisme a posé entre autre une question de santé publique, de part la densité du bâti et tous les problèmes liés à l’assainissement. Ma préoccupation n’est pas uniquement hygiéniste mais sur un continent où l’on meurt du paludisme et autres agents pathogènes, et où s’accumulent les problèmes d’autosuffisance énergétique, je pense que l’urbanisme et l’architecture maîtrisés peuvent apporter une réponse. C’est donc aux gouvernements d’être moteurs et de montrer l’exemple.

Vous avez récemment été lauréat des  » Nouveaux albums des jeunes architectes « . Cette récompense était-elle importante pour vous ?

Oui, car c’est une distinction qui m’a permis d’être conforté dans mon travail et dans mes projets. Il m’est désormais possible d’avancer sereinement et d’envisager des orientations de travail avec encore plus de convictions. L’Afrique en fait parti.
Je souhaite enfin qu’un jour l’architecture africaine trouve sa place dans les médias et soit appréciée à sa juste valeur.

Quel urbanisme pour les pays du tiers-monde ?

« Face au délabrement des villes du tiers monde et à l’indifférence générale, j’essaye ici de comprendre, en dehors de toute considération économique, qui est certes un problème majeur, pourquoi une telle désimplication des habitants mais surtout des instances dirigeantes envers le patrimoine architectural passé et avenir.
Une majeure partie des villes du tiers-monde et plus particulièrement celles d’Afrique, de part le fait de la mondialisation qui n’est pas ici qu’un concept marketing, développent des problématiques identiques aux grandes villes occidentales mais dans une échelle relative Mais surtout avec des moyens de résolutions beaucoup moins importants. En effet, la densité avec tous les maux qui l’accompagnent en terme de logements, d’infrastructures et de gestion des déplacements urbains, entraine une dégradation certaines des villes du tiers-monde.

De cette démarche, doit ressortir une méthodologie pour une meilleure assimilation et prise en compte des problèmes urbains tant sur le plan politique que de l’individu. Établir des bases de travail prenant en compte une réalité culturelle et social. Mes préoccupations ne sont uniquement de l’ordre hygiéniste mais sont aussi de l’ordre de la conservation d’une mémoire collective souvent délavée et masquée par une prédominance d’une culture de consommation occidentale d’une néo-colonisation économique et de traditions locales envahissantes débordant souvent de leurs cadres initiaux. Mon projet se veut en tout modestie de terme éducatif.


Projets :

Dans le cadre du programme de réhabilitation des «Médina» et conservation du patrimoine islamique de la Fondation AGA KHAN et l’UNESCO. Après une étude superficielle des grandes villes côtières africaines et plus en profondeur la ville de Moroni, capitale de l’archipel des Comores est né un projet, une démarche pour comprendre la ville. De cette démarche, doit ressortir une méthodologie pour une meilleure assimilation et prise en compte des problèmes urbains tant sur le plan politique que de l’individu. Établir des bases de travail prenant en compte une réalité culturelle et social. Mes préoccupations ne sont uniquement de l’ordre hygiéniste mais sont aussi de l’ordre de la conservation d’une mémoire collective souvent délavée et masquée par une prédominance d’une culture de consommation occidentale d’une néo-colonisation économique et de traditions locales envahissantes débordant souvent de leurs cadres initiaux. Mon projet se veut en tout modestie de terme éducatif.