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Le Musée Yves Saint Laurent à Marrakech – Interview

Le nouveau Musée Yves  Saint Laurent Marrakech a ouvert ses portes à l’automne 2017. la nouvelle institution abrite une importante sélection de la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent. Impressionnante collection qui comprend 5000 articles de vêtements, accessoires de couture 15.000 Haute ainsi que des dizaines de milliers de croquis et objets hétéroclites, tous actuellement archivés à Paris.

Lieu Marrakech Maroc  Programme Construction du musée Yves Saint Laurent Client Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent  Architectes  Studio KO Surface 4000 m²   Année 2017KO3

Entretien avec Karl Fournier

Comment qualifieriez vous votre architecture pour le Musée Yves-Saint-Laurent à Marrakech ?
Endémique. On aimerait que ce bâtiment ne puisse se concevoir ailleurs qu’à Marrakech. C’était notre but en tous cas.

La dimension locale est-elle importante dans votre conception?
Elle est essentielle. Tout part de là tout le temps. Sans cette ancrage local comment justifier de nos choix ?

Votre agence est souvent amenée à concevoir des espaces résidentiels privés. Quel est la différence dans votre approche lorsqu’il s’agit d’un programme d’équipement recevant du public comme un musée ?

C’est plus vaste, ça élargit le champ ! et donc ça fait du bien. On ne s’imagine pas comment une famille va vivre dedans, en tentant d’anticiper leurs attentes et leurs besoins, mais on pense aux gens qui vont le traverser, l’expérimenter pendant quelques heures seulement. Qu’en emporteront-ils avec eux. Si cette expérience peut aider à aiguiser leur regard sur ce qui les entoure c’est merveilleux.

Suite à cette expérience, quel autre type de programme seriez-vous intéressé d’aborder ?
Depuis très longtemps déjà nous rêvons de travailler sur un lieu de culte. Eglise ou Mosquée. Nous sommes de terribles enfants gâtés et nous avons toujours fini par faire ce que nous rêvions de faire. Donc attendons. On verra bien, ceci est une bouteille jetée à la mer.

Très tôt lors de la création de votre studio en 2000, une structure a été installée à Marrakech en parallèle de l’agence parisienne et a participé indirectement à faire évoluer la scène architecturale contemporaine au Maroc. Vous avez su puiser dans le savoir faire local pour le réinterpréter de façon actuelle, sans complexe, avec lucidité. Après plus de 15 ans d’exercice, que pensez-vous du contexte architectural au Maroc et de sa production?

C’est gentil de nous dire ça. Mais je ne suis pas certain que ça soit juste. Nous aurions bien aimé. Nous n’avons jamais été approché par aucun acteur de la scène architecturale au Maroc, les écoles ne nous ont jamais demandé d’intervenir d’une façon ou d’une autre, rien, vous êtes les premiers à vous intéresser à nous. On s’est souvent demandé pourquoi. La seule réponse que l’on trouve c’est que les Marocains ne veulent pas de donneurs de leçons venus de l’étranger. Pourtant nous n’avons aucune leçon à donner. Nous fonctionnons comme une école où l’on apprend chaque jour. Tous les soirs je prépare mon cartable et vérifie ma trousse pour le lendemain, comme lorsque j’étais écolier. Sauf que maintenant j’ai un ordinateur dans mon sac à dos.
Abordons maintenant la deuxième partie de votre question. La plus délicate. Pour être franc nous sommes abasourdi par la médiocrité de la production architecturale. En tous cas pour l’immense majorité de ce que l’on voit. Alors que les talents sont là. Les agences aussi, on sent que toute une nouvelle génération est prête à émerger. Elle a besoin d’un coup de pouce des décisionnaires, des politiques, des promoteurs. Ils sont trop frileux. J’ai vu des projets magnifiques dans ce pays. Hélas restés au stade de maquette et de plan. Les jurys par frilosité, par inculture aussi peut-être allant le plus souvent au plus facile, au plus évident, c’est rarement le meilleur. C’est une situation déplorable qu’il faut dénoncer. Car nous sommes les bâtisseurs des cadres de vie de nos contemporains. Et on sait aujourd’hui les ravages que la mauvaise architecture peut causer sur le corps social. Il en va de même pour l’urbanisme et le paysage qui sont pour nous indissolublement liées à
l’architecture.

Depuis toujours vous cultivez une certaine discrétion dans vos communications. Loin des canaux classiques des agences d’architectures stars qui pour la plupart se font connaitre suite à des concours d’envergures, vous n’avez, pour votre part, participer à quasiment aucun appel d’offre publique. Que ce soit en France, ou au Maroc. Et pourtant vous ne manquez pas de références. Comment expliquez-vous ce parcours atypique ?

Nous sommes peureux et sans doute que nous redoutons l’échec. Et nous n’avons qu’une confiance toute relative dans les procédures de concours. Qui compose les jurys, qu’elle est leur véritable marge de manœuvre, qui décide quoi ? tout cela est tellement opaque pour nous. Sans parler de l’avalanche de paperasse (complètement ridicule à l’heure du numérique) qu’il faut rendre par brouette entière et à l’heure dite ! Tout cela est triste. Cela nous fatigue d’avance. Les méandres de l’administration ici comme ailleurs sont tellement ubuesques, nous revendiquons le droit de nous en affranchir. Au moins quand nous en avons le choix et tant pis si nous ne pourrons jamais faire d’Opéra ou d’aéroport !

Source : studioko.fr