Pèlerinages à La Mecque, le territoire entre récit et infrastructure – Amine Ibnolmobarak

Cinq jours de chaque année du calendrier hégirien, quelques millions de musulmans du monde dirigent leurs pas vers les espaces sacrés du pèlerinage de La Mecque. Autant de projets individuels, d’espoirs, de suppliques, de quêtes intérieures se portent vers leur expression la plus cruciale qu’est ce pèlerinage, ultime pilier de la religion musulmane, ultime transmission de la tradition prophétique de Muhammad, fondateur de l’Islam. Du pèlerinage à La Mecque, tout a été dit. Du moins, c’est ici l’hypothèse que nous ferons au cours de ce travail. De fait, le pèlerinage est un rite qui comme tout autre a été strictement codifié. Ses espaces ont été délimités et fixés. Malgré les transformations et les évolutions que le phénomène a pu enregistrer au fil de l’histoire et plus particulièrement durant les soixante dernières années sous l’impulsion d’un état Saoudien en quête de nouvelles ressources économiques, les contours de la pratique ne se sont pas déplacés.

Lieu Mecque, Arabie Saoudite Architecte Amine Ibnolmobarak Diplôme Projet de diplôme – Ecole Nationale d’Architecture de Paris-Malaquais Année 2012
Si le nombre des pèlerins a augmenté, si l’infrastructure les accueillant a été décuplée, il n’en restera pas moins certain que ces aspects ont eu peu d’impact sur le rite en soi, ainsi que sur l’expérience pérégrine.

Que reste-t-il ?
La difficulté à produire autre chose que la considération générale sur la magnificence de la foule, la modernité – néfaste ou salvatrice – des infrastructures d’accueil, sur les difficultés du voyages, la justesse de tel ou tel aspect du rituel, etc, sont chez le pèlerin symptomatiques d’une inhibition plus grande encore, inconsciente, invariable, quel que soit le temps historique du témoignage, celle de la difficulté à habiter le rite. Tout porte en effet à constater une évacuation totale des paysages physiques et mythiques du pèlerinage. Si les nombreux projets qui se sont emparés du sujet de l’accueil des pèlerins se sont intéressés avec relativement de succès à l’amélioration des conditions de résidence et de transit au sein des espaces du pèlerinage, il n’en demeure pas moins vrai que le pèlerin, s’il se déplace plus aisément, gîte plus confortablement, continue d’évoquer une incapacité à s’approprier le lieu, sous-entendant par là son besoin d’une médiation entre son projet de pèlerin et l’espace infrastructurel déterritorialisant dans lequel il se déroule. Les récits que font les pèlerins de leurs pèlerinages sont à ce propos les témoignages les plus justes de cette difficulté. Ils permettent en effet de rendre compte des états d’esprit du pèlerin aux différents moments du rite et par voie de conséquences de son rapport aux différents espaces que son expérience le conduit à pratiquer. Mais surtout, le récit permet de considérer une strate nouvelle, celle de la foule, agrégation de destins individuels, comme territoire potentiel du pèlerinage. L’attitude que nous nous proposons d’adopter vis-à-vis de ces récits est celle d’une écoute, d’une lecture interstitielle des non-dits, des fixations et des associations que les pèlerins ne manquent pas d’invoquer dans leur difficulté à exprimer le moment qu’ils vivent. Cette démarche, si elle semble peu correspondre au vade-mecum classique de l’architecte, est ici considérée comme une nécessité de questionnement des outils de prospection normalement convoqués. Il s’agit ici, non pas d’une analyse, mais d’une tentative de saisie la plus libérale possible, du matériau qui nous permettra d’écrire le « programme » d’un projet. Au fil de ce travail, nous présenterons une « vision » du pèlerinage, une focale et un positionnement choisis. Après une présentation sommaire des aspects structuraux et rituels du phénomène, le lecteur trouvera une compilation choisie de récits et de témoignages de pèlerins. Les récits sont ensuite relus et thématisés afin de dégager les thèmes et concepts clés qui permettront l’écriture d’un programme possible du pèlerinage: la respatialisation d’un récit deterritorialisé.

 
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