D’une existence très ancrée dans la tradition, le Maroc a intégré l’influence de l’architecture moderne et du style international. Cette architecture est l’occasion de redonner une autre image et un nouveau paysage urbain à ce pays.

L’architecture traditionnelle n’étant plus adaptée et n’ayant pas eu le temps de faire son évolution, les architectes de la reconstruction prôneront la rupture. Dés lors, des visions modernes s’ancrent dans le pays et les jeunes architectes marocains sont envoyés à l’étranger pour assimiler ces nouveaux enseignements. C’est avec Prost, Ecochard, et les étudiants partis se former à Paris, que l’architecture moderne fera son entrée. Commence alors un cycle de destruction et régénération de la trame urbaine marocaine.

Plan d’aménagement d’Agadir Plan d’aménagement d’Agadir Maquette De l’aménagement d’Agadir Maquette De l’aménagement d’Agadir Le nouveau Talbordj, habitat compact aéré par des axes, A.Amzallag Le nouveau Talbordj, habitat compact aéré par des axes, A.Amzallag Agence de la banque marocaine, A.Amzallag Agence de la banque marocaine, A.Amzallag Plan d’Ecochard pour la ville d’Agadir Plan d’Ecochard pour la ville d’Agadir

Les architectes Azugury, Zevaco, De Mazière, Amzallag, Ben Embarek sont porteurs d’une double culture, ils sont nées au Maroc, ou ils y ont grandi, mais seront recrutés dans les ateliers parisiens où ils adhèreront spirituellement aux préceptes modernes. Leur rencontre fut le point de départ d’un grand métissage artistique. Les témoignages de ces échanges ont marqué l’histoire de l’architecture marocaine et ils sont encore bien vivaces.

Pour cette génération d’architectes, le Maroc était le cadre idéal pour réaliser leur haute ambition. Ils seront appelés « les architectes de la rupture » et seront décrit comme hostiles aux médinas, ils n’hésitent pas à être radicaux en assumant leur faible inspiration des traditions régionales. Leur but est d’inscrire leur pays dans son époque.

En 1960, leurs compétences se rejoignent dans une entreprise collective pour répondre à une grande ambition, celle de la reconstruction d’Agadir. « Le contexte était bien sûr exceptionnel d’une ville brutalement détruite par un séisme dont il faut rappeler la violence, en l’espace de quelques heures le 29 Février 1960, il raie de la carte 80% de la ville et emporte 20000 victimes, pour une population totale d’environ 35000 habitants. A la soudaineté du défi inhumain répond la mobilisation très rapide des autorités. Dès le 3 mars le roi Mohamed V annonce la reconstruction de la ville. »

Le passé représentait la mort et cette nouvelle ville avait la lourde tache de représenter l’espoir, Hassan II l’exprimera fortement dans son discours « Il fallait tout réfléchir pour mieux tout dominer,… faire œuvre neuve, vivante, essentiellement tournée sur l’avenir ; pour redonner aux hommes des raisons de vivre et d’espérer »

Cette expérience est l’occasion d’innover et de présenter une production architecturale « marocaine ». Cette équipe est présidé par Mourad Ben Embarek qui, malgré son jeune âge se retrouve, « un des initiateurs d’un urbanisme moderne », et nous délivre, à travers cette ville, ses convictions personnelles.

Mourad Ben Embarek et son équipe suivront une démarche bien particulière : en réalité, dans le processus de la création architecturale ou urbanistique, la transformation de la réalité d’un lieu, peut être endogène, issue de la tradition, ou exogène, due au contact entre des cultures hétérogènes, puisée dans le musée imaginaire de l’architecture. A Agadir, lors de la reconstruction, la démarche moderniste est « exogène » et surtout ex-situ réfutant le recours à la référence historique et lui préfère le recours à l’imagination et à la raison. Ainsi, l’urbanisme d’Agadir et son architecture sont portés par une quête de non-conformisme, et la ville sera conçue à partir du système de zonage, chaque zone aura sa logique interne et contrairement à l’urbanisme classique, elle ne sera pas dessinée à partir d’axes structurants.

L’architecture témoigne aussi de ces mutations profondes. En effet, chaque architecte s’est approprié le vocabulaire moderne et l’a enrichi à sa manière. En Bannissant le décor, Ils se servent des éléments constructifs pour développer un vocabulaire plastique, (squelette structurel dépassant l’enveloppe, poutres affichées et assumées…) le résultat est une architecture avec une plasticité exceptionnelle.

Agadir se trouve prise dans une destinée riche d’enseignement pour l’art de bâtir en général comme pour la mémoire de la nation marocaine. » L’architecture moderne se démarquera par sa prouesse technique, son coté expérimental, ambitieux et par sa grande qualité architecturale, cela suscitera un engouement particulier (La revue Architecture d’aujourd’hui a consacré un numéro à l’architecture moderne marocaine).

Agadir selon quelques architectes.

Ecochard

« Agadir a une situation un peu spéciale par rapport à certaines villes du Maroc, coincée entre la montagne et la mer, elle a un minimum de surfaces constructibles. Il arrivera qu’un jour où Agadir, qui devrait devenir économiquement parlant la deuxième ville du Maroc, ne pourra plus se développer sur des surfaces très importantes. Il faut donc dés maintenant des emplacements nouveaux pour immeubles soient réservés, même si les plans ne doivent pas exécutés immédiatement. Si l’on ne veut pas étouffer Agadir pour l’avenir, il faut donc que les intérêts particuliers cèdent le pas pour l’intérêt général futur ».

Zevaco

Né à Casablanca, le 8 août 1916, élève de l’école des Beaux arts de Paris dans l’atelier Pontrémoli-Leconte. « Je pense que l’architecture, après de solides études de servants, se fait alors avec le coeur et les tripes et que le post-modernisme ou autres académismes, le brutalisme, le constructivisme, le fonctionnalisme et j’en passe mille autres ne sont que des recettes dangereuses qui font croire aux médiocres qu’ils ont de l’imagination ou même du talent dans le meilleur des cas. Recettes qui vous empêchent d’être vous-même ». J’ai toujours la plus grande admiration pour FL.Wright, Neutra, Le Corbusier, Gropius, Mies van der rohe et tous ces hommes ne constituent pas les seuls éléments d’une longue liste. Tous étaient sincères, avec des idées vraiment neuves, oeuvrant au nom de la vérité et non par désir décoratif, de changement pour le changement ou l’extravagance des planchers inclinés et le retour aux styles du passé mal compris, torturé, prétentieusement interprété qui doit faire retourner dans leur tombe Vitruve, Palladio, ou Gabriel, en l’emportant sur la raison ».

Azagury

Né à Casablanca le 17 octobre 1918, Nationalité marocaine, élève de l’école des Beaux Arts, principalement dans l’atelier d’A. Perret. Les influences essentielles qui ont marqué mes études et ma carrière viennent bien entendu d’A. Perret mais surtout de Le Corbusier et du groupe des CIAM dont j’ai fait part jusqu’à dissolution. J’ai eu des contacts durables et étroits avec des architectes tels que José Louis Sert, Paul Nelson, Richard Neutra, Rogers et Ralph Ersking avec lesquels j’ai travaillé plus de deux ans à Stockholm ». « Il me semble indispensable lorsque les idées neuves viennent en surface, de les exprimer avec la plus grande force possible. L’esprit de caricature ou de brutalité ne me dérange pas, les années à venir adoucissent les formes et ce qui nous a semblé ou qui nous semble féroce devient quotidien ». Mon travail à Agadir s’est fait dans un climat d’enthousiasme et de fraîcheur, j’étais jeune, sûr de moi, passionné et bouleversé par la terrible catastrophe dans laquelle venaient de périr 20000 personnes ». « La collaboration a été parfaite, des liens profonds d’amitiés se sont crées entre nous et durent encore aujourd’hui. La réalisation d’une pareille tâche reste pour moi un exemple… » « Michel Ragon n’a pas tort en rapprochant les idées de Le Corbusier et celles qui ont été appliquées à Agadir…La charte d’Athènes a eu une portée considérable pour les architectes de ma génération () quoiqu’il en soit, il ne suffit pas d’avoir une bonne bible pour faire un bon prêtre ».

Aujourd’hui, l’architecture moderne fait partie du paysage marocain et constitue un patrimoine important. Malheureusement ce patrimoine moderne ne suscite aucun intérêt.

Pour quelles raisons cette architecture doit être préservée ?

En dehors de sa qualité architecturale, et sa valeur esthétique, cette architecture doit faire partie de ce patrimoine pour deux raisons :
– Cette architecture est exceptionnelle porteuse d’un message social et d’une grande ambition marocaine.
– Elle est spécifique à une époque, et raconte l’histoire du Maroc moderne.

Ainsi les pouvoirs publics ont le devoir de préserver cette mémoire, la seule référence historique spatiale et culturelle de cette ville après sa démolition totale. Malheureusement, ces bâtiments sont laissés à l’abandon, et sont souvent défigurés. L’exemple de la poste de Zevaco montre le désintérêt public pour cette architecture, amputant le Maroc d’une partie de son histoire.

« Après le tremblement de terre certains survivants perdirent la mémoire, d’autres cherchent à vérifier leur souvenir et puis il y a ceux qui ne vécurent pas cette nuit terrible. »

Zévaco, la caserne des pompiers Zévaco, la caserne des pompiers Zévaco, la poste d’Agadir, le momument le plus marquant, malgré la modestie de ses proportions. Zévaco, la poste d’Agadir, le momument le plus marquant, malgré la modestie de ses proportions. Le nouveau Talbordj, habitat compact aéré par des axes, A.Amzallag Zévaco, la poste d’Agadir, le momument le plus marquant, malgré la modestie de ses proportions. Zévaco, la poste d’Agadir, le momument le plus marquant, malgré la modestie de ses proportions. Zévaco, la poste d’Agadir, le momument le plus marquant, malgré la modestie de ses proportions. Zévaco, la poste d’Agadir, le momument le plus marquant, malgré la modestie de ses proportions. Zévaco, la poste d’Agadir, le momument le plus marquant, malgré la modestie de ses proportions.

Le bâtiment de la poste est-il une figure emblématique du Maroc moderne ?

Pour répondre à cette question il faut d’abord s’intéresser à l’architecte lui-même. Zevaco a reçu une formation académique pour ensuite adhérer aux préceptes du mouvement moderne, mais il dépasse ses références pour nous offrir une réinterprétation radicale : Minimaliste, maximaliste, baroque, moderne, difficile de classer son œuvre, « je ne suis pas plus fonctionnaliste que brutaliste, que bien d’autres « istes», j’essaie de faire et de répondre avec toute ma sensibilité du moment à un programme proposé, sans souci de doctrines. » Zevaco n’est pas un théoricien, le long de sa carrière il ne tiendra pas de discours doctrinal, seule sa sensibilité sera son guide.

Artiste, sculpteur et architecte, Zevaco réconcilie Art et technique, et introduit l’artisanat dans l’industrie du bâtiment, il n’hésite pas à faire appel à la prouesse technique pour réinventer ses formes et nous faire découvrir le béton selon ses aspects les plus lyriques. Dans ces bâtiments, on passe de la citation directe (Franck Loyd Wright, Le Corbusier…) à la libre interprétation. En réalité, c’est sa découverte de l’architecture marocaine qui l’aidera à transcender sa formation. Zevaco fait partie des architectes qui dépassent la question fonctionnelle pour donner l’impression d’une liberté absolue et revêtir ses espaces d’une atmosphère poétique. Ses formes sont source de fascination et d’inspiration et sont le reflet d’un changement, l’introduction d’une architecture moderne, singulière qui bouleversera l’image du Maroc.

La production de Zevaco constitue aujourd’hui un patrimoine important, malheureusement au Maroc, la notion du patrimoine est liée à l’image que nous nous faisons du monument souvent caractérisé par une échelle imposante. Cependant, la poste malgré son échelle modeste reste un ensemble architectural déconcertant. En effet, la beauté de ce bâtiment réside dans la compression entre les droites et les angles vifs et la tension entre les murs opaques et massifs s’opposant à des parois légères. Tout ce jeu est rythmé par une lumière filtrée. L’obscurité, la pénombre donne un caractère poétique voir mystique à ce bâtiment.

Afin de justifier l’acte brutal qui tente à défigurer ce bâtiment, les responsables ont déclaré que ce dernier ne répond plus aux besoins de la poste. Dans ce genre de cas, ne faut-il pas lancer un concours ?